HISTOIRE & GENEALOGIE
L’article qui suit, consacré à l’analyse de six lettres de négociants en 1735, donne une idée assez juste de l’importance de la maîtrise des généalogies familiales pour comprendre les réseaux d’affaires. Il s’agit ici de l’étude d’un milieu singulier, celui de l’émigration protestante, à travers le prisme d’une famille importante du négoce. Comme dans toute minorité immergée dans un milieu étranger, les liens familiaux jouent un rôle prépondérant dans la lutte pour se faire une place. Il est donc indispensable de bien connaître la trame généalogique de chaque acteur pour comprendre les événements.
La Rédaction
NOTES A PARTIR DE SIX LETTRES de CHARLES & THEOPHILE CAZENOVE
Ou les palinodies de deux négociants huguenots
Louis Victor PAUCHET [1]
Partie I Généalogie et maillage des affaires
Par un heureux hasard, lors d’un bref passage à Rouen, je suis tombé sur six lettres signées Charles et Théophile Cazenove. Ces documents s’échelonnent de janvier à avril 1735 et sont adressés à des négociants du Havre, les Glier.[2]
En parcourant les deux intéressantes monographies familiales, dues à la plume d’Arthur de Cazenove, Trois Siècles (1895) et Quatre Siècles (1908)[3], on ne trouve guère de correspondances commerciales. Pourtant les sept premières générations de la famille Cazenove, de Guyraud (+1578) à Théophile Cazenove (+1811), vécurent du commerce.[4] Commerce des draps et merceries dans les Cévennes aux XVIe et XVIIème siècles, grand commerce international du textile et de banque à Genève, Gênes et Amsterdam, au XVIIIème siècle. Ces documents nous donnent l’occasion de tenter d’approcher de plus près ces activités commerciales, et leurs acteurs, à une époque où elles prennent leur plus grand essor.
Les liens de parenté sous l’Ancien Régime, et plus particulièrement dans le contexte de la « diaspora » protestante, expliquent pour une bonne part le développement du réseau des affaires. Ces diasporas, engendrent les comportements nécessaires à la survie en milieu étranger, liens de solidarité très forts, parmi lesquels, les liens familiaux, l’esprit de famille, sont un des piliers de la réussite. L’histoire de mes ancêtres Butler [5], qui durent, comme les Cazenove, quitter leur patrie pour préserver leurs convictions religieuses, m’a familiarisé avec ces comportements. La généalogie est ici un instrument indispensable et prend toute sa valeur de science auxiliaire de l’Histoire. Essayons de le vérifier.
Comme on le sait, l’ancêtre commun, avant la dispersion est Charles Cazenove, marchand d’Anduze (1634-1699). De Marie Viala, il eut sept enfants, dont cinq quittèrent la France pour la Suisse (ci-joint tableau généalogique). Parmi ceux-ci, trois fils : Pierre (1670-1733), Jean-Pierre (1674- ?) et Charles (1677-1740).
Pierre Cazenove quitte Anduze pour Genève en 1686, âgé de 16 ans, accompagné par son frère Charles, âgé de 9 ans. Selon les monographies familiales, il y arrive sans appui et sans fonds, ce qui est évidemment discutable. Il s’associe, sans doute après d’autres emplois, avec Jean Plantamour, marchand toilier originaire de Chalon-sur-Saône, bourgeois de Genève depuis 1697.[6] Il épouse cette même année, la fille de celui-ci et de Charlotte Penin, Marie Plantamour (1681-1740). Cette première alliance dans le cadre du Refuge genevois est capitale pour la suite des événements. Pour en comprendre l’importance il faut dire quelques mots du contexte genevois et analyser le réseau familial et commercial des Plantamour.
Genève était, à la fin du XVIIe siècle, gouvernée par une oligarchie essentiellement représentée par des familles de réfugiés d’origine italienne et françaises venues s’y installer depuis les années 1540. Ces familles avaient reconstitué la puissance économique de la ville et défendaient leurs droits acquis : accès à l’habitation, à la bourgeoisie, aux Conseil des Deux-cents, des Soixante, Conseil d’Etat ou Petit Conseil (25 membres), couronnés par les quatre syndics de la ville. La cité d’environ 18.000 habitants, n’avait guère le désir d’accueillir de nouveaux réfugiés. Sur 30 à 40.000 réfugiés qui passèrent par Genève entre 1680 et 1720, on estime que 3 ou 4.000 seulement y restèrent, ce qui représentait tout de même le cinquième de la population de la ville. Pour accéder au premier échelon de la réussite, le droit de bourgeoisie, il fallait presque inévitablement entrer par mariage dans une famille déjà en place ou posséder une grosse fortune. Cinq ans après son mariage avec Marie Plantamour, Pierre Cazenove acquiert la bourgeoisie en 1703.
Les Plantamour étaient des réfugiés récents mais leur situation dans les affaires était déjà solide et ne fit que s’accroître tout au long du siècle. L’analyse de leur généalogie permet de situer le développement de leurs affaires de 1680 à la deuxième moitié du XVIIIe siècle. L’ancêtre est Jean-Baptiste, de Chalon-sur-Saône, mari d’Anne Jolicard, d’une famille de marchands de Bussy-en-Bourgogne. Sa descendance se répartit en quatre lieux dès les années 1680 : une partie reste en Bourgogne, une autre rayonne à Amsterdam et à Londres, une troisième s’établit à Genève. Dès avant 1700, ils créent un réseau international dans le commerce de l’orfèvrerie et du textile. La branche de Genève, fonde avec Philippe et jean, toux deux fils de Jean-Baptiste, une puissante maison de commerce de toileries, celle là même à laquelle s’associe Pierre. Jean Plantamour, son beau-père, est apparenté, par sa femme, aux L’Huillier, famille ayant acquit la bourgeoisie genevoise en 1691, six ans avant lui. Ses six enfants et leurs descendants, par leurs alliances, tissent des liens favorables aux affaires :
« Théodore II, qui lui succède, Daniel, qui est orfèvre et quatre filles, dont la dernière fille Anne, se marie avec un Agasse,[7] orfèvre également, tandis que les aînées, Marie et Louise, épousent respectivement Pierre Cazenove et Jean Brès. Et c’est ici que se rencontrent les milieux bourguignon et cévenol ; Pierre Cazenove, dont le frère Charles, est réfugié à Amsterdam, est originaire d’Anduze, tout comme Jean Brès »[8]. C’est ici encore que le textile va l’emporter définitivement sur l’orfèvrerie, à la troisième génération. Deux des fils de Pierre Cazenove sont négociants en toilerie sous la raison Jean et David Cazenove, branche dans la quelle se spécialise aussi l’ancienne maison des frères Plantamour devenue, vers 1715 sans doute, Plantamour Brès et Faure. Cette société comprend d’abord les deux beaux-frères Théodore Plantamour et Jean Brès, associés au Dauphinois Louis Faure. A la génération suivante, par le jeu naturel de la biologie familiale appliquée aux affaires, elle passe aux mains des cousins : Philippe Plantamour, mari de la fille de Jean Brès, y remplace Théodore, son père, mort en 1728, assisté d’Etienne Agasse, le fils d’Anne Plantamour. »[9]
En 1743, la raison sociale se transforme à nouveau, pour devenir Plantamour et Cie. Par le jeu des alliances encore, en 1775, la société est remaniée et devient Plantamour, Rilliet et Rivier. « La société Plantamour, écrit Louis Dermigny, est l’une des firmes qui, dans la seconde moitié du siècle, font à Genève le plus grand commerce des toileries. » [10] Cette réussite matérielle conduit rapidement les Plantamour à des alliances avec les premières familles de Genève : En 1703, Andrienne Plantamour épouse Isaac Mussard, famille dont la bourgeoisie remonte à 1579 ; Louise Plantamour, épouse en 1722, Jean-Antoine Butini (1693-1779) [11], riche négociant, homme d’affaires et consul de Suède à Marseille, d’une des plus anciennes et notables familles genevoises, apparentée aux Mallet, aux Rilliet, aux Fölsch de Hambourg, aux Keill d’Altona et de nantes. Dans la seconde moitié du siècle, les Plantamour, s’allieront aux Micheli, Rilliet, Calandrini, Rigot, Saladin, etc. ; toutes familles patriciennes de Genève.[12]
Une analyse plus fine permettrait de démontrer les liens étroits entre le développement des parentèles et celui des affaires. Ces quelques lignes font apparaître sans aucun doute tout le bénéfice qu’à pu tirer Pierre Cazenove de son alliance avec la famille Plantamour. Elle a sans nul doute permis à celui-ci une insertion rapide dans le milieu genevois. Il fonde sa propre maison de commerce qui sera reprise par son aîné, Jean. En outre, il jette un pont vers Amsterdam, en 1709, en s’associant avec Jean Vasserot. La raison de cette maison est Jean Vasserot et Cie, à Amsterdam, correspondant de la banque générale de Law, et Pierre Cazenove et Cie, à Genève. Cette maison de banque est dissoute en 1718.[13]
Ici, on peut se poser la question : les Cazenove sont-ils banquiers ou négociants ? Les monographies familiales penchent pour le premier terme : « Ce compte nous montre la famille puissamment installée dans les affaires de banque : une maison mère, celle de Pierre, fonctionnant toujours à Genève et où Jean succède ; une maison Lambert et Cazenove, fondée à Gênes et gérée par Philippe ; une autre maison est celle gérée par Jean-Pierre et Charles. » [14]
Le banquier, au XVIIIe siècle, est un négociant spécialisé dans le commerce des changes. Le grand marchand que les usages nomment négociant est à la fois marchand, armateur, assureur, banquier, voire industriel. Jusqu’en 1830, environ[15], le négociant tient le premier rang dans le développement économique, le banquier et l’industriel le détrôneront au XIXe siècle. L’évolution sémantique de ces qualificatifs traduit bien le mouvement économique : peu à peu, la polyvalence du négociant cède la place à un certain nombre de spécialités, la banque et l’assurance, par exemple. Le terme de négociant qui s’applique à partir de 1700 à l’oligarchie marchande exprime une réalité plus restrictive au cours du XIXe siècle. On est à partir de la fin du siècle dernier négociant en bois, en vins, etc. Le négociant de 1900 n’a plus le rôle préémiant deux siècles plus tôt, « burgher of the whole world ». [16]
En ce qui concerne les Cazenove, le négoce des toileries prédomine à Genève et à Gênes, comme on l’a vu plus haut, bien que l’on puisse distinguer une activité bancaire spécifique de 1709 à 1718 ; celui des changes semble prévaloir à Amsterdam. « Philippe Cazenove, écrit Lüthy, marchand toilier à Genève, frère du banquier à Amsterdam Théophile Cazenove… » [17]. Ailleurs, le même auteur, présente Jean (+ 1745) et David (+ 1782), puis, plus tard, Paul Cazenove comme des négociants genevois tandis qu’il qualifie Charles et Théophile de banquier [18]. Mais, même à Amsterdam, leurs activités sont mêlées. En 1785, Théophile, dans un mémoire présenté au Controleur Général des Finances se qualifie, avec ses associés Clavière, de « négociants et banquiers » [19] On en a un exemple avec l’armement décrit dans nos six lettres de deux navires pour le transport de grains. Il s’agit d’une activité de négociant non de banquier.
Continuons cette prospection généalogico-commerciale avec les deux frères de Pierre, Jean-Pierre et Charles. Jean-Pierre Cazenove dont on ne connait pas la date de décès s’était exilé plus tardivement que Pierre et Charles, non pas à Genève mais à Neuchâtel où il acquiert la bourgeoisie en 1710. Peu après, il se fixe à Amsterdam où il épouse Marthe Maillebioux et prend un intérêt dans la maison de son frère Charles qui l’a précédé à Amsterdam. [20]
Charles (1677-1740), resté célibataire, teste à l’avantage de son neveu Théophile. Est-ce en 1709, lors de l’association Jean Vasserot-Pierre Cazenove qu’il s’est installé à Amsterdam ? Est-ce après la dissolution de cette société, en 1718, qu’il crée sa propre société ? Quoiqu’il en soit, c’est lui qui est le fondateur de la maison Cazenove à Amsterdam qui va durer jusqu’à la fin du siècle et qui va faire la prospérité de la branche d’Amsterdam dont est issue l’actuelle branche française. Sa raison sociale à partir des années 1730 est Charles et Théophile Cazenove. Charles meurt en 1740, remplacé par son neveu Théophile mais il semble que la raison sociale se perpétue puisqu’en décembre 1752, une transaction est signée à Batavia entre Etienne Tardieu et Jacques Mestrezat concernant deux obligations payables à « Charles et Théophile Cazenove ». [21] Là encore, l’esprit de famille, entre frère et neveux, joue un rôle déterminant.
Enfin, pour cette première génération réfugiée, n’oublions pas les trois sœurs mariées. L’aînée, Isabeau (1670-1733), épouse Isaac Monnicat. Restée en France, sa postérité cependant émigre, notamment en Angleterre. Pierre Monnicat et sa sœur Bourguet habitent Londres, en 1752. [22] Il serait intéressant de vérifier s’il existait, là aussi, une corrélation entre liens familiaux et d’affaires avec ces parents londoniens.
Maris (1676-1745), épouse un membre un membre d’une famille noble et notable de Nyons, M. Etienne de la Flechère.[23]
Madeleine (1683- ?), épouse, en 1713, à Genève, Pierre Livache, de Saint-Paul-Trois-Châteaux, originaire du Dauphiné. Puis, Louis Maizonnet, marchand originaire de Nîmes, reçu bourgeois de Genève, en 1705.
Continuons à progresser dans le réseau familial au travers de la deuxième génération. Ainsi pourra-t-on ébaucher la cartographie des liens familiaux et d’affaires dans la première moitié du XVIIIe siècle.
Le fils aîné de Pierre, Jean (1698-1745) est le continuateur de son père à Genève à partir de 1723, date à laquelle celui-ci lui abandonne entièrement son négoce.[24] Commerce du textile essentiellement, comme les Plantamour. Il est le premier mâle de la famille à prendre femme parmi les vieilles lignées genevoises. Il épouse en 1732, Elisabeth Bessonnet (1712- ?), fille de Spectable Jacob Bessonnet (1675-1752), professeur de théologie et pasteur, et de Sara Rilliet. Les Bessonnet, sont bourgeois de Genève depuis le XVe siècle, tout comme les Rilliet.[25] Sa belle-sœur, Jeanne-Marie Bessonnet a épousé un Grenus, suisse allemand dont le réseau d’affaires s’étend de Genève à Lyon, Paris et Le Puy.[26] Quant aux Rilliet, déjà nommés dans la parentelle des Plantamour, ils ont, eux aussi, un puissant réseau familial et commercial, reliant Genève, Paris, Gênes et Londres.[27] Trente cinq ans après l’accès de son père à la bourgeoisie, Jean Cazenove devient membre, en 1738, du Conseil des Deux-Cent (CC).
Le second fils de Pierre, Philippe (1701-1749), semble avoir été moins sédentaire que son frère Jean, ayant développé une maison à Gênes, en collaboration avec son beau-frère Pierre Mazel, et à Messine. « Philippe Cazenove marchand toilier à Genève, écrit Lüthy, frère du banquier à Amsterdam Théophile Cazenove et des associés genevois de Clavière, a une société de commerce à Gênes sous le nom de Cazenove et Cie, gérée par Jean Lasalle ancien associé de François Delon [28], et une société en commandite à Messine avec son cousin Jacques François Dansse, qui est consul des Provinces-Unies de Hollande à Messine.[29] Il épouse, en 1729 Sara Prevost (1708- ?), fille de Jean-Louis Prevost (1659-1732) et de Clermonde Passavant puis, Camille Brechtel, fille de jean Brechtel et de Françoise Dansse. Les Prevost sont bourgeois de Genève depuis 1578 et riches marchands joailliers à Genève et Francfort.[30] Les Passavant, bourgeois de Bâle depuis 1596, sont banquiers à Genève, Bâle et Lyon. Une des sœurs de Sara, Clermonde Prevost, a épousé en 1722, Elie de Saussure, famille à branches multiples, négociants de Genève et de Francfort, avant de donner une lignée de savants naturalistes, chimistes et linguistes.[31] Les Brechtel, d’origine alsacienne sont installés à Genève depuis 1626 et leur allaince avec les Dansse est très profitable à Philippe puisqu’elle lui permet d’établir une société à Messine, comme on l’a vu plus haut.[32]
Théophile Cazenove (1708-1760), le troisième fils de Pierre, qui succède à son oncle Charles à Amsterdam, est l’ancêtre de la branche française actuelle. Il rejoint son oncle, en 1723. Douze ans plus tard, en 1734, il fait un mariage dans un milieu différent du négoce, en épousant Marie de Rapin (1715-1792), fille de l’historien de l’Angleterre Paul de Rapin-Thoyras, mort près de dix ans plus tôt, et d’Anne Testart (+ 1749).[33] Mariage qui a eu certainement son importance dans l’évolution sociale de la branche d’Amsterdam, dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, que traduisent bien, à la génération suivante, les carrières militaires de Marc-Antoine (1748-1811) au service de la France et de son frère Paul (1758-1782), au service de l’Autriche. Les Rapin étaient d’authentique noblesse savoyarde et l’historien Paul de Rapin-Thoyras (1661-1725), jouissait d’une grande renommée. Le dernier chef de la maison Cazenove d’Amsterdam fut Théophile II (1740-1811), fils de Théophile et de Marie de Rapin, qui termina sa longue carrière de négociant et de banquier comme secrétaire et homme d’affaires de Talleyrand à Paris.[34]
A partir de cette alliance Rapin et de la richesse acquise, se dessine peu à peu, le désir de s’intégrer au « second ordre », par le biais des carrières militaires et des alliances nobiliaires, ou à caractère nobiliaire, qui prennent un essor déterminant avec le mariage, en 1859, de Raoul de Cazenove (1833-1910) et de Lucie Dumas de Marveille. C’est sans nul doute cet ordre d’idée qui a présidé à la construction du Solier, en 1891.[35]
Le dernier fils de Pierre, David (1711-1782), reste dans le négoce aussi bien professionnellement que par ses deux mariages dans la bourgeoisie genevoise. Il épouse d’abord Charlotte Brechtel puis Charlotte Faure et est à l’origine de la branche anglaise. Il s’associera, comme son neveu Théophile aux Clavière, d’origine dauphinoise, bourgeois de Genève en 1733, dont Etienne Clavière (1735-1793), ministre des Finances, à Paris, en 1792 et 93.[36]
Pour en terminer avec les alliances de cette deuxième génération, citons les deux filles de Pierre qui se marièrent : Henriette (1702- ?) qui se fixa à Gênes avec son mari Pierre Mazel, devenu associé de Philippe Cazenove dans la société génoise, et une fille que cite, peut-être à tort, Galiffe, épouse de N. Nadal et mère de David Nadal.[37] Enfin, la fille de Jean-Pierre Cazenove et de Marthe Maillebiou(x), Antoinette (1732-1809), qui épousa, en 1752, le docteur Gaspard Joly, futur conseiller d’Etat et syndic de la ville en 1780, d’une ancienne et importante famille ayant acquis la bourgeoisie genevoise en 1599.[38]
Ces quelques bien modestes lignes, permettent, je l’espère, d’approcher l’évolution socio-économique des Cazenove au siècle des Lumières, en complément des monographies familiales. Le sujet mériterait une belle et forte étude dans la ligne des travaux de Dermigny et de Lüthy. L’histoire des affaires et des mentalités y gagnerait à coup sûr.
Partie II
Les palinodies d’un affrètement
………………………
[1] L’auteur nous autorise à publier la partie I de son article paru en 1991 sous forme d’une plaquette de 18 pages + 6 hors-textes (NDLR).
[2] AD76, 216 BP, liasse de correspondances reçues de négociants.
[3] Trois Siècles, manuscrit dédicacé par Arthur de Cazenove en février 1895, édité sous forme de photocopies en juin 1981 (236 pages) ; Quatre Siècles, du même auteur, Nîmes 1908, 303 pages.
[4] De Guyraud qualifié de « coturier » (Trois Siècles, p. 19) à Théophile II qui se qualifie lui-même de « négocians et banquier » dans un mémoire du 12 février 1785 (BN Paris, V 34184), tous les chefs de famille ont des activités commerciales.
[5] Les comtes de Butler, branche cadette de la famille anglo-irlandaise des Butler ducs d’ormond, durent quitter l’Irlande pour rester catholiques dans la deuxième moitié du XVIIe siècle peu de temps avant que Pierre et Charles Cazenove quittèrent la France pour rester protestants. Ma grand-mère Ghislaine de Butler (1885-1968) avait encore le sens très vif de son appartenance aux « Wild Geese ».
[6] Herbert LÜTHY, La Banque protestante en France de la Révocation de l’Edit de Nantes à la Révolution, Paris, 1959-61, 2 vol., II, p. 841.
[7] La famille Agasse descend de l’orfèvre parisien Etienne Agasse vivant au début du XVIIe siècle qui s’établit à Genève qu’il quitta pour Aberdeen. Son fils Etienne fut reçu habitant de Genève en 1682 et épousa Anne Plantamour en 1689 puis regagna l’Ecosse. Leur fils, Etienne, ramena toute sa famille à Genève où il fut reçu bourgeois en 1742. Son fils Philippe eut Jacques Laurent Agasse (1767-1856) le plus connu des peintres genevois, élève de David à Paris, qui s’établit en Angleterre en 1800. De la même génération que Quirin de Cazenove (1768-1856) il était son cousin issu-issu de germain. Voir : Dictionnaire Historique et Géographique de la Suisse, Neuchâtel, 1921, I, p. 113.
[8] La famille Brès, Bres ou Brez, est originaire d’Anduze. Etienne Bres marié à Marie Cres eut : Jean (+1741) reçu habitant de Genève en 1697, bourgeois en 1705, avec son fils Théodore pour 5000 florins, épouse en 1697 Louis Plantamour, d’où : Philippe, Suzanne, Théodore, etc. JA GALIFFE, Notices généalogiques sur les familles genevoises, continuées par L. DUFOUR-VERNES…, Genève, 1830-36 et 1857-1895, 7 vol., VI, pp. 24-27.
[9] Louis DERMIGNY, Cargaisons indiennes, Solier et Cie, Paris, 1960, 2 vol., I, p.227-228.
[10] Louis DERMIGNY, opus cité, p. 227.
[11] Voir sur les Butini à Marseille, Charles CARRIERE, Négociants Marseillais au XVIIIe siècle, contribution à l’étude des économies maritimes, Institut Historique de Provence, Marseille, 1973, 2 volumes, 1111 pages.
[12] Les Butini, descendent de Rolet Butin ou Butini vivant en 1465, conseiller des L en 1508, BG en 1538 etc. Les Micheli noblesse lucquoise remontant au XIIIe siècle. Les Rilliet BG dès 1484, etc. Voir notamment J.A. GALIFFE, opus cité.
[13] H. LÜTHY, opus cité, I, p. 361.
[14] Quatre Siècles, p. 114
[15] Date moyenne pour l’Europe mais à nuancer selon les pays. Peut-être plus tardive pour la France que pour l’Angleterre.
[16] C’est ainsi que se définissait Robert Charnock, négociant anglais fixé à Flessingue, à la fin du XVIIIe siècle. L. DERMIGNY, op. cité, I, p. 7.
[17] H. LÜTHY, opus, cité p. 99.
[18] H. LÜTHY, opus, cité p. 106.
[19] BN Paris, V 34184 – Copie du Mémoires présenté le 12 février 1785 à Monseigneur le Contrôleur General et à Monsieur Lenoir, lieutenant de Police, par les sieurs Cazenove, Clavière l’aîné et J.J. Clavière, p. 48
[20] Quatre Siècles, p. 117
[21] H. LÜTHY, opus cité, II, p. 126, note 96.
[22] Trois Siècles, p. 97. Testament de Madeleine Cazenove, veuve du sieur Louis Maizonnet, bourgeois de Genève du 19.12.1752.
[23] Quatre Siècles, p. 110. Le continuateur de GALIFFE, opus cité p. 457 prénomme Etienne ce M. de la Flechère cité dans Quatre Siècles et donne l’année du décès de Marie : 1745.
[24] Quatre Siècles, p. 114.
[25] JA GALIFFE, opus cité, II, pp.59-66 et Dictionnaire Historique et Géographique de la Suisse, Neuchâtel 1924, II, p. 153.
[26] L. DERMIGNY, opus cité, pp. 185, 209, 250, 252, 268, 270. « Dès 1755, le Genevois Jean-François Grenus, d’abord établi à Lyon, a monté au Puy une fabrique de mousselines, où il emploie 83 ouvriers et ouvrières tous de Suisse allemande », (p. 209).
[27] H. LÜTHY, opus cité, II, 274.
[28] Les Delon ou Delom sont originaires de Lasalle (Gard). François Delon est négociant à Gênes associé à son beau-frère Jean Bouër, sous la raison Bouër Delon et Cie. Son frère Charles est établi à Salonique sous la raison Delon et Malan. Charles François Delom alias de Lom est fait baron par Louis XVIII, en 1820. L. DERMIGNY, op. cité, I, p. 188, note 39.
[29] H. LÜTHY, opus cité, II, p. 99.
[30] GALIFFE, opus cité, II, pp. 349-378 et LÜTHY, opus cité, II, p. 99.
[31] H. LÜTHY, opus cité, I, p. 448, II, p. 83.
[32] Dictionnaire Historique et Géographique de la Suisse, Neuchâtel, 1924, II, p. 289.
[33] Raoul de CAZENOVE, Rapin-Thoyras, sa famille, sa vie et ses œuvres, Paris, 1866, p. Lxxv.
[34] Voir sur les relations de Théophile Cazenove avec Talleyrand, notamment : Trois Siècles, opus, cité, p. 132 et Quatre Siècles, opus cité, pp. 169-170 – H. HUTH and E. PUCH, Talleyrand in America. Unpublished letters and memoirs, Washington, 1942. Talleyrand, Mémoires, Plon 1982, pp. 218, 230-231. Théophile épouse en 1763 à Haarlem, Margaretha van Jever (1748-1833), fille de Volkert, ancien conseiller de cette ville et de Quirina van Sypestein. Il est le seul de sa branche, en près de 110 ans d’exil, à s’être allié à une famille ne descendant pas de réfugiés d’origine française. Parti aux USA en 1790 pour le compte de la Cie des Indes néerlandaises, il a donné son nom à une ville (Cazenovia) et aida à Philadelphie Talleyrand qui, devenu ministre en 1799, l’appelle à Paris pour s’occuper de la gestion de ses nombreux portefeuilles d’affaires.
[35] Le Solier (Lasalle, 30), ancien grand mas, a été acquis puis reconstruit en château néogothique par Raoul de Cazenove de 1888 à 1891. Cette vaste construction est le symbole du retour à la terre ancestrale (Cévennes) et de la volonté d’intégration de la famille à l’aristocratie.
[36] Sur les Clavière et leur entourage voir, notamment : Jean BOUCHARY, Les manieurs d’argent à Paris à la fin du XVIIIe siècle, Paris, Marcel-Rivière, 1939, I, pp. 11-100 – Michel BRUGUIÈRE, Gestionnaire et Profiteurs de la Révolution, Paris, Olivier Orban, 1986, pp. 52-55, 76-78 etc. Louis DERMIGNY, opus cité, I, p. 242. « Jean-Jacques Clavière (…) négociant en toiles et mousselines, il a été l’associé de Picot frères, puis de David Cazenove, sous la raison Cazenove et Clavière ». Etienne Clavière, fils de Jean-Jacques, travaille pour Cazenove et Clavière de Genève ainsi que pour la société Plantamour et Rilliet avant de s’associer aux Cazenove d’Amsterdam. On a vu qu’en 1785, les deux associés de Théophile Cazenove sont Clavière aîné et J.J. Clavière le jeune. Le portrait qu’en fait Michel Bruguière n’est pas rose, peut-être faudrait-il le nuancer :
« Protestant, Genevois, lié aux affaires, anglophile, dépourvu de toute expérience administrative, Clavière avait ainsi quelques traits de Necker, mais les différences l’emportent. Sa Genève est celle des exilés français, animés à la fois de rancune envers les Bourbon et de jalousie envers la bourgeoisie installée de la cité de Calvin. Clavière avait été expulsé de Genève en 1782, comme l’un des chefs du parti populaire. Il tenta ensuite sa chance en Angleterre, rêva d’émigration vers les Etats-Unis, avant de se fixer à Paris sous Calonne. Sa pratique des affaires n’était pas celle de la finance et de la banque internationale. Commerçant à l’origine, associé au négoce de Marseille et d’Amsterdam, il avait importé en gros les produits de la Cie des Indes. Depuis son exil, tout lui était bon : agiotage, collaboration de plume – rémunérée – avec Calonne et Mirabeau, Compagnie des Eaux, assurances contre l’incendie et sur la vie, spéculations viagères et immobilières. L’homme avait suscité de sérieuses inimitiés, sa réputation demeurait quelque peu douteuse. » (Bruguière, opus cité, pp. 53-53).
[37] JA GALIFFE, opus cité, VI, p. 457. Les monographies familiales ne citent pas cette alliance Nadal.
[38] Louis DERMIGNY, opus cité, I, pp. 238-239.