Comme au temps de la République anticléricale, les promoteurs de la culture pour le grand public, continuent leur croisade contre ce qui ne leur apparaît pas « républicain », à l’encontre de toute vérité historique. Le téléfilm à grand succès La Controverse de Valladolid s’inscrit parmi d’innombrables œuvres, à cette religion du faux. Cela soulève l’indignation des vrais historiens mais que peuvent-ils faire contre ce raz-de marée commercial ? Rien si ce n’est écrire. Ainsi fait Jacques Heers, ancien professeur à la Sorbonne et directeur du Département d’études médiévales de Paris-Sorbonne, un de nos plus grands spécialistes de l’histoire médiévale.
« En 1992, La Controverse de Valladolid, téléfilm de David Verhaeghe, sur un scénario de Jean-Claude Carrière, ancien élève de l’Ecole Normale de Saint-Cloud, très bien construit, servi par une riche brochette de bons interprètes, courut sans risque au succès, présenté sur une chaîne majeure, encensé avant d’être diffusé. Concert d’éloges et tintamarre sans qu’aucun critique, dans un journal de grande diffusion, n’eût l’idée et le courage de mettre en doute le bien-fondé d’un message asséné de façon si agressive, aux limites du burlesque.
Cette Controverse n’était qu’imposture et tissu d’arnaques.
On présentait les conseillers du roi d’Espagne et les hommes d’Eglise discutant gravement, l’an 1550, pour décider si les Indiens, montrés devant eux comme des bêtes curieuses, étaient vraiment des êtres humains, créatures de Dieu dotées d’une âme, alors qu’au retour de son premier voyage, le 31 mars 1493, soixante et quelques années plus tôt, Christophe Colomb avait fait une entrée solennelle dans Séville, accompagné de six Indiens parés de leurs costumes de cérémonie, de leurs armes et de leurs ornements d’or ; Indiens que le roi, la cour, les évêques et les prêtres, les gens du peuple avaient ensuite, dans un bon nombre de cités, pu approcher tout à loisir, les entendre parler entre eux, dire quelques mots de castillan et constater qu’ils s’accommodaient fort bien de vivre parmi les Chrétiens. Les personnages assis dans le film les virent un moment éclater de rire et s’en étonnèrent…
On nous montre aussi, présidant la docte assemblée, prêt à trancher le débat, un gros cardinal tout exprès mandé de Rome… alors que tout lecteur d’un manuel peut savoir que, depuis le traité de Tordesillas, le 7 juin 1494, le pape Alexandre VI Borgia avait laissé aux rois et à l’Eglise d’Espagne et du Portugal tout pouvoir pour évangéliser et organiser le clergé dans les nouveaux territoires d’outre-Atlantique. Rome ne devait en aucun cas intervenir. » (Jacques HEERS, L’Histoire assassinée, Les pièges de la mémoire, Editions de Paris, Paris, 2006,269 pages, pp. 201-202.)
Ainsi, depuis Jules Ferry, l’Histoire est devenue l’arme principale de propagande contre tout ce qui semblerait être contraire à la culture du faux. Journaux, romans, médias, célébrations nationales ont emboité le pas. Tels de longs troupeaux de moutons de Panurge, les publics conditionnés suivent aveuglément le chemin d’une Histoire tronquée, déformée, dévoyée. Seuls quelques bataillons d’Historiens sérieux, compétents, ayant l’audace de la liberté de penser, vieille garde, tente de résister à ces assauts d’analphabétisme qui cheminent comme des hordes barbares réduisant en cendre tout lieu de culture et de sagesse.
VENCESLAS